Bilan final du secondaire avec Clonlara

par | Avr 22, 2023 | Pédagogie Waldorf-Steiner | 0 commentaires

Vous souvenez-vous, je vous avais parlé que nous avions inscrit notre fille Enora à Clonlara dans son programme Hors Campus (vous trouverez la page francophone ici sur Facebook).

Je vous en avais parlé dans deux articles:

Nous sommes en train de boucler les dernières formalités. Enora, en effet, est en grade 12 et finalise donc sa dernière année du secondaire avec Clonlara, ce qui va lui permettre d’obtenir le High Diploma.

J’ai envie de vous faire un petit bilan car, pour nous comme pour elle, l’expérience est totalement positive.

Quelques rappels importants

Nous avons longtemps utilisé une pédagogie inspirée de la pédagogie Steiner, globalement jusqu’à l’équivalent des classes de 5ème et 4ème. Et puis, nous avons encouragé nos filles à tenter le DNB (Diplôme National du Brevet).

Pour Enora, ce fut une expérience difficile et douloureuse ; la transition entre une pédagogie largement inspirée de Steiner aux manuels officiels, pour la plupart desséchants, fut difficile.

Dans le même temps, notre fille commença à exprimer de la souffrance qui nous a fait tâtonner un certain temps.

Dans l’année de ses 15 ans, à l’issue de nos discussions en commun, avec son papa, nous lui avons proposé de faire un premier bilan avec une psychologue que nous connaissons et en qui nous avons grande confiance. Enora a accepté et a donc passé le WAIS4 afin d’avoir un premier compte-rendu sur ses compétences cognitives. Celui-ci a révélé un poste très élevé, d’autres dans la moyenne supérieure, et d’autres très « chutés ». Cela a permis à la psychologue de nous expliquer d’ores et déjà un certain nombre des difficultés que rencontraient notre fille. Elle nous a ensuite recommandé d’entamer un dépistage pour l’autisme.

Nous avons franchi tous les obstacles et obtenu la confirmation, dans l’année de ses 16 ans, qu’Enora est autiste et confrontée aussi aux difficultés des hauts potentiels.

Le passage à vide

De ses 15 ans à ses 16 ans, Enora a vécu un passage à vide. Il avait déjà commencé même un peu avant l’année du brevet et se manifestait par des pleurs et des blocages.

Nous avons essayé, l’année de ses 15 ans, de faire une année de seconde classique ; le résultat fut désastreux.

Avec mon mari, nous avons eu la compréhension de ce qui se passait pour elle et nous lui avons permis de « ne rien faire ». Parfois, lorsque nous ne savons plus où nous en sommes et qui nous sommes, nous avons besoin d’être en jachère pendant un temps certain avant que le printemps ne fasse jaillir les pousses des semences enterrées.

Il s’est trouvé que lorsque nous avons eu les résultats de tous ses dépistages, j’ai repensé à Clonlara qui accueille des manières très diverses de travailler les apprentissages. Il s’est trouvé aussi qu’à ce moment nous avons pu payer son inscription à Clonlara – ce que nous n’aurions pu faire avant -, et celle des deux années qui ont suivi.

A cette époque, Clonlara nous a permis qu’elle fasse en trois années l’équivalent du secondaire ; il me semble que, désormais, cela n’est plus possible.

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La première année : une nouvelle démarche

La première année, Enora a pris ses marques. Cette année est marquée de sa fragilité qui s’exprimait par du stress, de la pression (peur de ne pas réussir à « tout faire »), des doutes sur ses capacités, des blocages…

Cette nouvelle façon de travailler était déroutante pour elle comme pour moi. Clonlara fonctionne avec un système de crédits : un certain nombre de crédits doit être réalisé pour obtenir son diplôme. Certains de ses crédits sont « imposés » tant dans la matière (par exemple, mathématiques, ou langue maternelle) que dans le nombre d’heures à réaliser ; d’autres crédits sont optionnels et permettent de personnaliser totalement les apprentissages : ainsi, certains vont orienter leurs crédits optionnels sur l’étude de la musique, ou des sciences, ou de la littérature contemporaine comme Enora.

C’est déjà une première manière de personnaliser les apprentissages de l’enfant. Puis, au sein des crédits, l’enfant peut travailler comme il l’entend, étudier ce qu’il veut, avec les supports qu’il choisit ; encore une façon de personnaliser l’étude et de permettre à l’enfant de s’enrichir de ce qui le passionne et le nourrit.

Par exemple, Enora a beaucoup étudié les femmes en mathématiques pour réaliser ses crédits de mathématiques… mais pas que !

Ses blocages étaient néanmoins encore présents et se manifestaient encore par les pleurs et la colère.

Par exemple, il lui était complètement impossible de programmer ce qu’elle allait voir dans un crédit ; la simple évocation d’une planification la mettait dans tous ses états. Il était encore trop tôt.

De même, elle ne pouvait étudier que ce qui entrait dans ses intérêts restreints.

Le plus incroyable était que ses blocages étaient totalement entendus, accueillis et reçus par l’équipe francophone de Clonlara qui s’occupait de nous et les prenait en compte ! C’était magique surtout par rapport aux vues ratiocinantes des derniers inspecteurs de l’EN auxquels nous avons eu affaire.

La deuxième année : l'envol

La deuxième année, nous avons repris l’étude avec un peu plus de repères, un peu plus de confiance. Je dis « nous », car il fallait que moi aussi je me familiarise avec le système de Clonlara et que je trouve les moyens de soutenir Enora, tant dans la recherche de supports que dans le soutien global que je pouvais lui apporter.

J’ai vu Enora trouver ses marques de plus en plus ; je l’ai vue avoir de plus en plus de plaisir à étudier ses sujets préférés.

Progressivement, elle s’est ouverte à quelques suggestions même si il fallait toujours beaucoup la rassurer.

Elle tenait beaucoup à passer son permis et nous l’avons inscrite à la conduite accompagnée. Cet apprentissage, conjoint à l’état d’esprit très différent de Clonlara ont eu pour conséquence de la mettre sur la voie de son autonomie.

Elle a pris de l’assurance, une assurance bien enracinée, saine, et joyeuse.

Elle a pris encore plus d’intérêt à ce qu’elle faisait, est redevenue très créative en développant ses outils à elle, en s’appropriant qui elle est, et elle a bouclé tous les crédits qui lui étaient demandés en les personnalisant.

Vers la fin de l’année, elle a même commencé à parler de planning et à voir comment elle pourrait faire, aidée aussi en cela par la super ergothérapeute que nous avons pu lui trouver.

Pour couronner le tout, elle a eu son permis et s’est envolée pour sa première fois toute seule au volant de la voiture !

La troisième année : l'ouverture

C’est dans cette confiance renaissante qu’elle a entamé sa troisième et dernière année, avec, toutefois, toujours un peu de stress et de doute sur sa capacité à « y arriver ». Ce n’est pas grave si l’envie de croître est toujours là ! Et c’était le cas.

En plus de la mise au clair de toutes les formalités qu’elle devait accomplir cette année pour valider son année et obtenir son diplôme, elle s’est engagée dans le monitorat pour les enfants au cercle celtique où elle danse dans le groupe adulte. Transmettre aux autres, et notamment aux enfants, est éminemment formateur et positif.

Quelques jours avant la fermeture de Parcoursup, elle nous a annoncé que, contrairement à tout ce qu’elle avait clamé les années précédentes -, elle voulait tenter d’aller en fac ! Nous étions tellement heureux son père et moi que nous avons bossé tous les trois comme des brutes pour que son dossier soit en ligne et complet, avec tout ce qu’il nécessitait.

Nous avons aussi eu, par l’intermédiaire de son ergothérapeute, un rendez-vous avec une personne d’une association qui s’appelle Handisup qui s’occupe de prévoir tous les aménagements auxquels elle a droit à la fac en tant qu’étudiante handicapée. Ce fut un rendez-vous riche et incroyable ; nous en sommes toutes deux ressorties confiantes et rassurées, sachant que pas mal de choses seraient organisées pour qu’elle puisse réussir ses études.

J’ai senti ma fille prête à relever de nouveaux défis : ceux de la vie en cité U avec le développement de l’autonomie que cela demande, ceux de l’enseignement supérieurs avec ses planifications, ses devoirs et l’autonomie de travail qu’il requiert, ceux de la séparation avec la famille, et certainement d’autres que je ne vois pas encore.

Vous m’aurez comprise : ce bilan est intégralement positif !

Si l’un de vos enfants (ou plusieurs) sont en souffrance et si vous pouvez investir dans des bilans pour mieux connaître son profil cognitif et dans une école inclusive telle que Clonlara, vous ne devez pas hésiter.

Malgré nos petits moyens, nous avons toujours mis en priorité le respect de nos singularités et les conditions pour que celles-ci se déploient car elles sont des dons pour le monde. Nous ne sommes jamais partis en vacances car nous ne pouvions pas (parfois à notre grand regret), mais nous avons assuré sur d’autres plans, ceux qui permettent à l’être authentique de se révéler et de se développer. Cela n’a pas de prix.

Si jamais l’aventure de Clonlara vous tente après avoir lu cet article, n’hésitez pas à faire part de ma recommandation à vos interlocuteurs de cette école humaniste !

Enfin, pour finir, je vous invite à suivre Enora sur son Bookstagram qui s’intitule Ailes de pages

Vous y trouverez ses conseils de lecture, mais aussi ses créations numériques à la tablette graphique et aussi en photo montage. Elle a un très bel univers à découvrir !

(L’illustration ci-dessus a été créée par Enora à la tablette numérique ; les photo-montages constituant la photo de couverture proviennent de son bookstagram et sont sa création.)

Vous trouverez d’autres avis sur Clonlara ICI et chez mon amie Cindy.

 

méditations

Crédit photo Aurore de Hulster

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